Écoles privées : comment piloter intelligemment son portefeuille de formations ?
Ouvrir une nouvelle formation dans l’enseignement supérieur privé n’a jamais été aussi simple… mais jamais non plus aussi risqué. Entre la multiplication des programmes, une concurrence de plus en plus forte et des exigences réglementaires renforcées, les écoles doivent repenser en profondeur leur offre. Fini le temps où une formation naissait presque « par hasard » – parce qu’une expertise interne, une demande locale ou un partenariat d’entreprise se présentait. Aujourd’hui, il faut une vraie stratégie.
La question n’est plus seulement “Quelle formation lancer ?”, mais surtout “Comment gérer intelligemment son portefeuille de formations sur le long terme ?” : lesquelles développer, lesquelles sécuriser avec des accréditations, lesquelles repositionner… et parfois, lesquelles arrêter.
De l’opportunisme à la gestion de portefeuille
Pendant des années, beaucoup d’écoles ont construit leur catalogue de formations au feeling. Un secteur devenait porteur – le luxe, la data, le marketing digital par exemple – et hop, un nouveau programme voyait le jour pour surfer sur la tendance. Elle s’est parfois combinée avec un contexte de politiques publiques très favorables au financement de la formation, qui a encouragé l’ouverture rapide de nouvelles écoles et de nombreux programmes fondés sur l’apprentissage. Mais cette logique a atteint ses limites.
Aujourd’hui, les établissements les plus avisés adoptent une approche inspirée du management stratégique : ils gèrent leurs formations comme un portefeuille d’activités, où chaque programme a un rôle précis ;
- les formations “piliers” : le programme phare ou le diplôme emblématique. Ce sont eux qui donnent son identité à l’école et qui attirent le plus d’étudiants.
- les formations “diversification” : des MSc spécialisés, des programmes sectoriels ou internationaux. Leur but ? Explorer de nouveaux marchés ou attirer des profils différents.
- les formations “innovation” : micro-certifications, nouveaux formats pédagogiques, programmes courts. Elles permettent de tester des compétences émergentes sans s’engager sur des investissements lourds.
L’enjeu ? Ne pas multiplier les formations à tout-va, mais trouver un équilibre cohérent entre ces trois catégories.
Accréditations : un choix stratégique, pas une course aux labels
Dans un environnement ultra-concurrentiel, la reconnaissance institutionnelle est cruciale et nécessaire. En France, deux dispositifs clés structurent la crédibilité d’une formation :
- le visa du ministère de l’Enseignement supérieur : une reconnaissance académique forte, qui peut permettre aussi d’obtenir un grade (licence ou master). C’est un gage de qualité, mais il ne convient pas à toutes les formations.
- le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) : géré par France Compétences, il atteste de la pertinence professionnelle d’une certification et ouvre l’accès à des financements (formation pro, apprentissage, CPF).
Les écoles doivent donc arbitrer : privilégier une reconnaissance académique, une logique d’employabilité, ou les deux ?
Attention à l’écueil classique : vouloir tout accréditer. Chaque label demande du temps, des ressources et des audits. Les établissements les plus solides concentrent leurs efforts sur leurs programmes structurants, tout en gardant de la flexibilité pour les formations spécialisées ou expérimentales.
Quelles formations développer ? Trois questions clés à se poser
Avant de lancer un nouveau programme, il faut se demander :
- Le marché des compétences : quels sont les secteurs en tension ? Les métiers en forte demande ? Les études sectorielles et les enquêtes (comme le Besoins en main-d’œuvre de France Travail) sont des mines d’informations.
- La concurrence académique : dans un paysage déjà saturé, une nouvelle formation n’a de sens que si elle apporte une réelle valeur ajoutée (spécialisation, innovation pédagogique, positionnement international).
- Les capacités internes : une formation crédible, c’est un corps professoral solide, des partenariats entreprises concrets et des débouchés assurés pour les diplômés. Sans ça, le programme risque de s’essouffler rapidement.
Surveiller son portefeuille : une discipline encore rare
Beaucoup d’écoles gardent leurs formations ouvertes par inertie, sans les évaluer régulièrement. Pourtant, dans une logique de portefeuille, chaque programme doit être passé au crible :
- taux de remplissage,
- coût pédagogique par étudiant,
- insertion professionnelle des diplômés,
- équilibre économique.
Ces indicateurs permettent de prendre des décisions difficiles, mais nécessaires : repositionner une formation, la transformer… ou la fermer. Et non, fermer un programme n’est pas un échec : c’est souvent la preuve qu’une école pilote vraiment son offre. Certaines institutions structurent désormais cette analyse dans le cadre d’un conseil de performance, instance dédiée à l’examen régulier des indicateurs clés des programmes. Son rôle est d’arbitrer, sur la base de données objectives, les évolutions de l’offre de formation et d’éviter que les décisions ne reposent uniquement sur l’intuition ou l’historique des programmes.
Un enjeu stratégique pour les dirigeants d’écoles
Gérer un portefeuille de formations, ce n’est pas qu’une question pédagogique : c’est un choix stratégique. Les écoles qui réussissent sont celles qui parviennent à aligner :
- leur positionnement académique,
- leurs accréditations,
- la cohérence globale de leur offre.
Dans un paysage de plus en plus concurrentiel, la vraie question n’est plus “Quelles formations ouvrir ?”, mais “Quelles formations méritent vraiment d’exister dans dix ans ?”
Et vous, comment gérez-vous votre portefeuille de formations ? 😊
Vanessa Calvao
Manager HEADway Q&A


