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Diplômes numériques : sommes-nous prêts pour 2026 ?

Jeudi 12 février 2026, Mélanie Cadart, directrice du pôle Q&A de HEADway Advisory a eu le plaisir d’accueillir Hugo Spiess , co-fondateur et CEO de Prosoon 🎓 afin d’évoquer la règlementation à venir ainsi que l’impact qu’elle aura sur les établissements d’enseignement supérieur ou les organismes de formation.

En effet, à l’horizon novembre 2026, chaque État membre devra proposer un portefeuille d’identité numérique européen (EUDI Wallet) dans le cadre du règlement eIDAS 2.0, avec une mise en oeuvre progressive courant 2027.

Pour les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de formation, ce n’est pas une évolution cosmétique. C’est un changement d’infrastructure.

Pourquoi le papier ne suffit plus

Les limites des diplômes traditionnels sont connues :

  • Fraude documentaire facilitée par les outils numériques et l’IA
  • Vérifications longues et coûteuses pour les services scolarité et les recruteurs
  • Problèmes de reconnaissance internationale et de traduction
  • Peu de granularité sur les compétences réellement acquises

Un diplôme PDF n’est qu’une image. Une compétence mentionnée sur un CV reste déclarative. L’enjeu aujourd’hui est de transformer la compétence en donnée structurée, vérifiable et interopérable.

La logique : Self-Sovereign Identity et Verifiable Credentials

Le nouveau modèle repose sur la Self-Sovereign Identity (SSI), un concept développé au sein du World Wide Web Consortium. Principe clé : redonner au citoyen le contrôle de ses données (partage, révocation, preuve).

Techniquement, cela repose sur :

  • des Identifiants Décentralisés (DID)
  • des Verifiable Credentials (VC) : attestations numériques signées cryptographiquement
  • des protocoles de preuve sélective (Zero-Knowledge Proof) : seule une partie de l’information est communiquée au receveur, sans dévoiler le reste des informations personnelles.

Concrètement, un étudiant pourra partager son diplôme ou une micro-certification en un clic, et l’université ou l’employeur pourra vérifier son authenticité instantanément.

L’infrastructure européenne : EBSI et EUDI Wallet

Diplômes, micro-certifications, Open Badges : même famille

La Commission européenne a déployé sa propre infrastructure blockchain : European Blockchain Services Infrastructure (EBSI). Il s’agit d’une blockchain de consortium, destinée à enregistrer les émetteurs de confiance et garantir l’intégrité des attestations.

En parallèle, le futur EUDI Wallet deviendra obligatoire pour les États membres fin 2026. Les administrations auront ensuite 24 mois pour accepter ces nouveaux formats. À terme, les établissements devront :

  1. Reconnaître les verifiable credentials comme preuve équivalente au papier
  2. Être capables d’émettre des diplômes dans ce format interopérable

Diplômes, micro-certifications, Open Badges : même famille

Le mouvement ne concerne pas uniquement les diplômes d’État. Il devrait englober :

  • Suppléments au diplôme (Europass)
  • Micro-certifications (compétences spécifiques évaluées)
  • Open Badges

La version 3 des Open Badges est désormais alignée sur le standard VC. On passe d’un simple badge déclaratif à une attestation juridiquement et techniquement vérifiable.

L’objectif : couvrir l’ensemble du parcours apprenant (formation initiale, continue, stages, engagement associatif) et passer du déclaratif au vérifiable.

Ce que cela change pour les établissements

Attendre 2026 serait une erreur stratégique. Les priorités dès maintenant :

  • Structurer les référentiels de compétences
  • Choisir des outils conformes aux standards VC
  • Connecter ces solutions aux SI existants (Apogée, Pégase, yParéo…) via API
  • Monter en compétence côté ingénierie pédagogique et qualité

Les bénéfices sont multiples :

  • Lutte contre la fraude
  • Simplification administrative
  • Interopérabilité européenne
  • Visibilité accrue : chaque diplômé devient ambassadeur numérique
  • Meilleure employabilité

Le numérique ne remplace pas le symbolique

Le diplôme numérique n’efface pas la cérémonie. Il en devient le jumeau numérique. Le parchemin garde sa valeur symbolique. La preuve cryptographique garantit sa valeur juridique et internationale.

La question n’est plus “Faut-il y aller ?” Mais plutôt : comment structurer sa transition intelligemment ?

Les établissements qui travaillent dès aujourd’hui leurs référentiels et leur stratégie de certification seront ceux qui tireront le plus de valeur de cette évolution.

Et vous, où en êtes-vous dans cette préparation ?

Image de Mélanie Cadart

Mélanie Cadart

Directrice HEADway Q&A

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