Comment s’émanciper d’un partenariat RS/RNCP ?
De nombreux organismes de formation proposent aujourd’hui des formations certifiantes via un partenariat avec un certificateur tiers. Cette pratique permet de bénéficier rapidement d’une reconnaissance RS ou RNCP, tout en allégeant les démarches administratives liées au dépôt de certification. Néanmoins, cette dépendance peut rapidement devenir un frein stratégique. Alors, comment s’émanciper d’un partenariat RS/RNCP et reprendre la main sur ses promotions ?
Les avantages à devenir son propre certificateur
Être titulaire de sa propre certification RS ou RNCP permet de bénéficier d’une indépendance totale sur le pilotage pédagogique, l’organisation des évaluations et la stratégie de déploiement de ses parcours. C’est également un levier fort d’alignement stratégique, notamment dans une logique de développement de marque ou de positionnement sur des niches sectorielles.
Détenir sa propre certification, c’est aussi :
- avoir la liberté de faire évoluer le référentiel de compétences en lien avec les attentes des entreprises ;
- organiser les jurys et délivrer soi-même les titres ou certificats de compétences ;
- maitriser la communication et la valorisation de la certification auprès des apprenants et partenaires ;
- sécuriser le modèle économique en évitant les frais de redevance ou les contraintes imposées par un certificateur tiers.
Mais pour s’émanciper d’un partenariat et devenir son propre certificateur, encore faut-il avoir des promotions.
Les promotions appartiennent au certificateur
Dans un partenariat, le certificateur conserve la propriété des promotions. Juridiquement, les candidats sont inscrits à sa certification, selon son règlement et via son système d’organisation. L’organisme partenaire n’est qu’un opérateur de formation habilité à préparer et/ou à évaluer les candidats.
Ce fonctionnement implique que l’organisme de formation ne peut pas exploiter les promotions préparées sous la certification d’un tiers pour justifier le dépôt de son propre titre auprès de France Compétences. En effet, ces promotions appartiennent juridiquement au certificateur initial, tant en termes de données que de résultats. L’organisme doit donc envisager des stratégies alternatives pour constituer un historique propre et démontrer sa capacité à porter une certification de manière autonome.
Quelles stratégies pour reprendre le contrôle de ses promotions ?
- Négocier une cession de promotions avec le certificateur
La première option consiste à ouvrir un dialogue avec le certificateur pour obtenir la cession formelle d’une ou plusieurs promotions. Bien que peu fréquente, cette démarche peut aboutir dans le cadre d’une fin de partenariat ou d’une réorientation stratégique du certificateur. Cette cession doit être formalisée par écrit, en précisant les responsabilités de chaque partie. Dans ce cas, les promotions deviennent la propriété du partenaire et le certificateur ne les intègre pas dans sa demande de renouvellement ultérieure.
- Constituer de nouvelles promotions sur sa propre certification
Contrairement à une idée reçue, il ne suffit pas de concevoir une certification pour en déposer le dossier auprès de France Compétences. Le porteur doit démontrer la valeur d’usage de son projet de certification avec au moins une promotion. Il est donc indispensable de construire un vivier propre de candidats formés aux compétences cibles. Plusieurs stratégies peuvent être envisagées :
Développer une formation en amont de la certification
Créer une formation opérationnelle, alignée sur le futur référentiel, est une première étape. Même si elle ne peut pas déboucher immédiatement sur une certification reconnue, cette formation permet de :
- structurer le contenu et tester les modalités pédagogiques et d’évaluation ;
- constituer un vivier de bénéficiaires dont les parcours seront documentés (feuilles d’émargement, évaluations, retours à l’emploi, etc.) ;
poser les bases du futur dossier de dépôt en justifiant l’usage et l’impact de la formation.
Faire appel à des candidats libres
Autre levier possible : proposer à des professionnels expérimentés de se présenter comme candidats libres, c’est-à-dire hors formation, à un examen construit sur la base du référentiel visé. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une VAE au sens juridique du terme (non autorisée avant l’enregistrement de la certification), cette modalité permet :
- d’éprouver les épreuves certificatives et les outils d’évaluation ;
- d’enrichir le dossier de dépôt avec des profils variés et des résultats concrets ;
- de démontrer la faisabilité opérationnelle du dispositif.
S’appuyer sur des partenariats avec des entreprises
Enfin, il est possible de co-construire des parcours avec des entreprises partenaires souhaitant faire monter en compétences leurs salariés. Ces actions peuvent être financées via des budgets de formation internes ou via des dispositifs tels que le plan de développement des compétences.
Avantages de cette stratégie :
- des promotions ciblées, cohérentes avec les attendus du futur référentiel ;
- une valeur d’usage démontrable via l’impact en entreprise ;
- des lettres de soutien à intégrer au dossier de dépôt.
- Préparer une sortie progressive du partenariat
Plutôt que de rompre brutalement un partenariat RS/RNCP, il est souvent plus pertinent de préparer une transition progressive vers l’autonomie. Conserver le partenariat pendant la phase de constitution des premières promotions permet de continuer à proposer des certifications reconnues et éligibles aux financements et de sécuriser le chiffre d’affaires pendant la montée en charge du nouveau dispositif.
En conclusion
S’émanciper d’un partenariat RS ou RNCP est une étape stratégique forte pour un organisme de formation souhaitant structurer son offre et valoriser son expertise. Si la création de sa propre certification ouvre de nouvelles perspectives, elle ne permet pas de récupérer automatiquement les promotions existantes. Il est donc essentiel d’anticiper cette évolution en combinant dépôt de certification, négociation avec le certificateur actuel, et gestion fine de la transition pédagogique.
En bref :
Anne-Lise Martinent
Consultante sénior pour HEADway Q&A


